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Une semaine inoubliable de pêche à la mouche en Croatie

Il est 19 heures ce 9 Juillet 2023 lorsque la rivière Gacka (prononcer « Gaska ») passe soudain du stade de miroir bleuté à celui de chaudron bouillonnant. Les truites sont alors prises d’une frénésie alimentaire aussi intense que porteuse de promesses. Quelques faux lancers et mon sedge en cervidé, imitatif et bien visible, se pose au milieu du bouillon. Gobages à peine susurrés ou bruyants ou encore marsouinages, tout y est. Le cœur battant la chamade j’attends le gobage rageur qui la fera disparaître dans la gueule d’une belle arc ou d’une fario Croate à la robe si particulière.

Rien ne se passe. C’est alors qu’intervient Igor Faroux, notre guide Franco-Croate et ami de longue date. Il me propose gentiment de troquer ma sèche pour une nymphe. Dans la foulée Igor nous démontre la redoutable efficacité de sa recommandation.

Attentif aux conseils d’Igor, je pose ma mouche aussi délicatement que possible, 3/4 amont et à une cinquantaine de centimètres d’un gobage régulier. Un léger mending amont et je suis des yeux la progression de mon bas de ligne avec toute la concentration nécessaire.
Rien ne se passe cette fois encore et je retente la même manœuvre, le nombre infini de gobages le permettant à loisir. Cette fois, la pointe en 14/100ème fait un très discret écart que j’interprète comme une touche. Je ferre et ma 9’ soie 5 encaisse le premier rush d’une truite qui s’avérera être une superbe arc de 3 livres. Après un combat qui s’est voulu le plus court possible, Igor épuise ma toute première truite Croate. Une photo et elle repart en pleine forme dans sa rivière. Les soirs suivants, même scénario, avec en prime quelques farios typiques de la Gacka.
Mon ami Mark, un pur Ecossais aussi grand que fou de pêche, n’est pas en reste et il assure lui aussi quelques belles prises au cours de la soirée.

Igor nous l’avait dit, les truites de la Gacka sont extrêmement sélectives et les tromper avec nos imitations nécessite une approche aussi humble que motivée. La pêche « facile » n’a aucun intérêt.
Ici les truites se méritent mais, rassurez-vous, les conseils et la pédagogie d’Igor sont les clefs du succès des pêcheurs qu’il accompagne.

Vers 21 heures, les gobages s’arrêtent aussi soudainement qu’ils ont débuté. Il s’agit là semble-t-il d’une règle immuable sur cette rivière et à cette époque de l’année.

Sur le chemin du retour, nous ne pêchions alors qu’à quelques minutes à pied de notre hôtel, je repense à cette première aventure halieutique Croate et mes pensées me ramènent un jour avant.
Une fois arrivés à l’aéroport de Zagreb, Mark et moi avons été chaleureusement accueillis et pris en charge par Igor. Un peu plus de deux heures de route plein sud et nous arrivons à destination. Il est presque vingt-trois heures et pourtant le patron nous accueille avec une rafraichissante et pétillante blonde… en bouteille de 50 cl, laquelle ne fait pas long feu et nous désaltère comme prévu. Un généreux plateau de charcuteries et de fromages locaux nous régénère quelque peu aussi.

Le lendemain matin je ne peux résister à la tentation d’aller voir la rivière située à moins de 100 mètres de notre lodge. Elle est superbe, limpide et, sans aucun signe d’eutrophisation, sa transparence permet d’admirer les ondoiements des algues, même aux endroits les plus profonds. Je suis étonné de ne pas y voir de poissons mais il n’est que 7 heures et ce n’est que vers 9-10 heures que ceux-ci viendront se mêler à la végétation lacustre et choisir la veine d’eau dans laquelle ils vont se nourrir à divers moments de la journée.

Igor, nous amène sur un autre bras de la Gacka. Là, en pleine chaleur et sous un soleil de plomb, les gobages se font évidemment plus rares mais quelques menues sèches en CDC nous sauve toutefois de la bredouille car deux arcs goulues n’y ont pas résisté.

Quelques minutes plus tard, sur la rive opposée et à l’ombre d’un arbre, une jolie fario se gavait de quelques larves et nymphes invisibles à l’œil nu. Notre guide se plaque contre l’arbre, patiente immobile au moins 5 minutes puis une nymphe très légèrement lestée est propulsée à l’arbalète à environ 1 mètre en amont de la truite en goguette. Un écart à peine perceptible de celle-ci, mais parfaitement détecté par notre guide, et la voilà pendue. Comme d’habitude, épuisette, prise délicate en main mouillée, photo et retour à l’eau. Jolie démonstration de pêche en nymphe à vue, une technique avec laquelle ni Mark ni moi n’étions réellement familiarisés mais qui rend addict dès les premières tentatives.

Le troisième jour, Igor nous conduit à deux heures de voiture, direction la frontière Slovène, dans une vallée encadrée de montagnes où nous passerons le reste de la semaine. Là nous sommes accueillis par un personnage chaleureux et truculent, le propriétaire et gestionnaire de notre nouveau lodge.
Nous sommes confortablement logés, en chambres individuelles, au sein même d’une ferme surplombant la Kupa. Cette rivière est beaucoup plus alpine de configuration. Elle présente de nombreux grands lisses ainsi que des zones plus rapides et autant de veines plus profondes. À mon grand étonnement, Igor nous apprend (et nous démontre) que des centaines d’ombres, parfaitement mimétiques, évoluent même dans les secteurs que nous aurions normalement négligés car trop peu profonds a priori.

Sur la Kupa, toutes les techniques fonctionnent tant la densité piscicole est importante mais la nymphe au fil s’impose tout de même durant la journée ; les ombres y sont rois. Pêche obligatoirement fine et discrète, le 10 ou le 12/100ème au maximum sont indispensables pour une eau aussi claire.

Le coup du soir permet aussi de se défouler en sèche. Les classiques sedges, mouches de Mai et autres CDC remportent tous les suffrages. Quel plaisir de convaincre et combattre des ombres de 40 cm en moyenne dans ce décor magnifique.
Le dernier soir, après avoir honoré avec grand enthousiasme l’eau une vie de prune locale, nous entamons avec appétit les souris d’agneaux et légumes cuits à l’étouffé toute la journée sous la braise de l’âtre placé judicieusement à proximité de la terrasse où nous dinons.
Après une nuit teintée de nostalgie, nos équipements et affaires personnelles plus ou moins bien rangés dans les valises, Igor nous reconduit à Zagreb d’où nous décollerons pour rejoindre nos pays respectifs.
Cette semaine passée sur la Gacka et la Kupa est désormais inscrite de façon indélébile dans nos mémoires de moucheurs. Mark et moi avons considérablement amélioré notre technique de nymphe au fil, mais aussi découvert et pratiqué la nymphe à vue. C’est dans des décors somptueux que nous avons pu ferrer de superbes poissons qui méritent tant le respect du pêcheur. Les convaincre de gober nos nymphes et sèches nécessitait aussi de nouvelles compétences qu’Igor nous a transmises avec beaucoup de bienveillance.
L’organisation de DHD-Laïka a été à la hauteur de nos attentes. Hormis le vol vers Zagreb que nous avons réservé nous-mêmes, tout le reste, c’est-à-dire hébergements, repas, transports, permis, etc.
ont été gérés à la perfection. Mark et moi renouvelons ici nos remerciements à Adrien de Villeneuve et Igor Faroux pour cette semaine que nous avons déjà pour projet de renouveler.

Informations sur la destination Croatie : ici.

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