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Les Palikas des Îles du Salut

Nous voici partis pour une expédition guyanaise en direction des îles du Salut qui étaient un bagne.C’est un archipel de trois îles situées à environ 15km de Kourou ; vous avez l’île royale, l’île Saintjoseph et l’île du diable.

Il y a été créé une auberge pour accueillir les touristes ainsi que les pêcheurs, on peut y dormir commese restaurer.

C’est une zone soumise à de fort courant d’où la différence de couleurs d’eau et le début du mois demars n’est pas le plus calme.

La période la plus propice reste de juin à novembre.

Vous avez une bonne diversité de poisson comme le mérou, la carangue, le thazard, l’acoupa rouge, lecroupias et le fameux palika qui n’est rien d’autre que le tarpon.

Nous y voici, la météo est plutôt clémente mais le vent rend la mer un peu agitée ainsi qu’un courantélevé.

Concernant le matériel j’opte pour une canne en soie de 12 muni d’une poignée de combat et d’unmoulinet qui possède un bon frein, 400ml de backing, une soie plongeant pour aller chercher lespoissons dans 3/4m d’eau malgré le courant et d’un bas de ligne en fluoro de 60 centièmes d’environla longueur de la canne.

Nous décidons de faire des dérives de l’île du diable vers l’île Saint Joseph en longeant la cassure.

Théoriquement c’est une zone propice pour les bancs de tarpon qui viennent s’alimenter.

Bingo, l’échosondeur nous montre des activités entre 3 et 5 m de profondeur.

Je sens en moi l’excitation monter progressivement comme si je pêchais pour la première fois. Me voici en train de faire quelques faux lancés pour propulser ma mouche black death noir à têterouge.

Je laisse ma soie descendre tout en comptant dans ma tête pour connaitre ma profondeur de pêche. Mes animations sont assez lentes et soumises à un même rythme.

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour avoir les premières tapes et les premières décroches, car malgré des ferrages de trappeur le tarpon a une bouche pourvue de cartilage qui rend la pénétration des hameçons compliquée et sans parler des magnifiques chandelles à répétitions.

Le poisson est bien là et réactif, je sors du poisson à chaque dérive, me rendant fou de frénésie. Chaque combat est différent car je touche des poissons de 1,20m à 1,50m et me génère toujours une joie énorme.

Les décroches furent très nombreuses mais n’altéraient pas le plaisir jusqu’à un stop net, vous savez celui qui vous dit que vous êtes tanker dans du solide.

En une fraction de seconde, je me rends compte que ça part….ça part trop vite et trop fort.

FISHHHHH ONNNNNN, le frein serré à fond et ça déroule comme s’il n’y en avait pas. Mon sourire n’était plus figé sur mon visage car je savais qu’il y avait un bon client au bout de maligne.

Ma première pensée était de me répéter en permanence le protocole des erreurs à ne pas faire pour perdre ce poisson que je n’avais toujours pas vu.

Je me suis fait littéralement déposséder de plus de 200m de backing à une vitesse folle, je n’étais plus serein malgré qu’il m’en restait sous le pied.

On redoute tous les moments comme celui-ci, où on se pose trop de questions, est-ce que mes nœuds vont tenir ? Est-ce que mon hameçon ne va pas s’ouvrir ? Est-ce que je ne vais pas casser ? Va-t-il me violer de tous mon backing ? Ma canne va-t-elle encaisser ? Bref je n’étais pas bien.

Nous voyons une chandelle d’un poisson loin du bateau et énorme; j’ai mis plusieurs secondes pour réaliser que c’était le mien.

J’étais dans la cour des grands, la cour où tu subis, la cour où tu ne fais pas le malin, la cour où rien n’est gagné d’avance.

Je me bats avec ce poisson qui tourne autour du bateau me faisant faire des acrobaties, redoutant de tomber à cause de la houle et du mucus à bord.

Je surveille ma canne cintrée à souhait et m’assure qu’elle ne touche pas le rebord du bateau. Je grapille 20m et le poisson en reprend plus, le temps me parait interminable et le capitaine m’annonce que nous avons effectué une dérive de plus d’un kilomètre et demi.

Je commence à peiner, à cramper et me tétaniser, il est hors de question de laisser ma canne à quelqu’un d’autre…….c’est mon “précieux“.

Petit à petit, j’arrive à faire venir le poisson proche du bateau agrémenté d’un festival de chandelles qui me crispe beaucoup.

Cela fait maintenant 1H que je lutte contre ce fish et je vois que j’ai repris le dessus, le sourire reviens malgré ma fatigue mais il ne faut rien lâcher.

Je le trouve de plus en plus gros en s’approchant du bateau, tout le monde est paré pour intercepter le tarpon avec minutie et organisation.

Enfin la délivrance, le poisson est dans le bateau et je suis le pêcheur le plus heureux du monde à ce moment-là.

Il totalise 1,86m pour environ 80kg et me coutera une tournée générale de rhum arrangé à l’auberge.

Je conclus mon récit par le fait que cette destination n’est pas encore trop connue malgré une grosse densité de très gros poissons et qu’elle n’a pas à rougir de la Floride et du Mexique.

Mes dates sont déjà bloquées pour l’année prochaine et au plaisir peut-être de vous rencontrer un jour.

Pascal Gligoric

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