20 Oct · DHD Laïka · 0 Commentaires

Un chasseur de Maral raconte… (Part IV)

JOUR VIII

Le matin est lourd et le jour pointe déjà quand nous émergeons de nos duvets. La fatigue des jours précédents cumulée à la seule motivation de repérer un maral pour les copains explique sans doute ce démarrage poussif. Le thé gardé au chaud dans le thermos depuis la veille au soir avalé, nous plions vite fait le camp pour longer les crêtes dans les lueurs de l’aube et des premiers rayons de soleil pour nous donner le maximum de chance d’observer des animaux. Un lièvre, deux compagnies de perdrix grises de montagnes et trois autres de bartavelles seront nos seules rencontres du matin. Le parc est très riche et nous rencontrons du gibier tous les jours quand nous nous en donnons les moyens mais dès que nous passons en mode dilettantes, c’est moins évident. La relative difficulté de la chasse dans ces zones vierges participe aussi aux émotions qu’elle procure.

Nous rentrons finalement au camp par un sentier de crête à la fois impressionnant et somptueux : Juste un raccourci a précisé Asrat. Un chemin qu’on ne prend qu’à la descente. Je comprends vite pourquoi, après avoir longé les cimes, ce sont 800 mètres de dénivelé sans interruption qui nous attendent. Nous descendons de cheval pour économiser nos montures. Magnifique et pas trop dur mais dans l’autre sens, il y a de quoi couper les jarrets de n’importe qu’elle cheval tout kazakh qu’il soit ! Au camp nous retrouvons Patrice qui a lui aussi tiré son maral, un 5×6 très volumineux d’une envergure étonnante pour un maral qui ne porte pas douze, ce n’est pas vraiment une tête bizarre mais juste un beau qui décidé de ne porter que 5 à droite : inhabituel. Il est un peu déçu, à tort car j’ai vu beaucoup de douze moins grand et qui étaient assurément également moins lourds.

La journée est détente, transition, banya pour tout le monde car demain c’est décidé nous allons remonter pour essayer de trouver un grand solitaire. Le repas au chaud et la nuit dans un lit sont attendus par tous et feront le plus grand bien.

JOUR IX

Après un petit déjeuner costaud incluant un sauté de maral aux petits légumes et pommes de terre nous repartons avec nos deux guides motivés pour trouver un grand sanglier. Après trois petites heures de cheval à traverser des herbages littéralement labourées par des groins en quête de mulots nous faisons étape dans un camp d’estive utilisé en juin et juillet par nos guides pour garder leurs troupeaux en pâture: ce sera l’occasion s’il en était besoin de mesurer l’écart entre nos vies d’occidentaux et la leur…

Chevaux déchargés de leurs bats, nous revoilà parti plein d’espoir à la recherche d’un vieux solitaire. Libérés de leurs bats nos compagnons se laissent volontiers aller à trotter, voire à quelques passages de galop sur les pelouses d’altitude. Nous n’abusons pas car les trous de marmottes sont autant de pièges dans la prairie qui pourraient être fatals. Nous parcourons ainsi plusieurs vallons sans rencontrer la moindre bête noire : cela devient une blague, depuis huit jours nous traversons des hectares retournés sans jamais apercevoir le moindre responsable. Ils ne sont pas au trou comme les marmottes ?…

Ce n’est qu’à la nuit tombante que nous jumelons de l’autre côté de la vallée un ours… enfin au sens figuré, je veux dire un énorme sanglier sorti du bois quelques minutes avant la nuit. Emmanuel est impressionné. Même si la distance peut-être trompeuse,  je m’engage sur 200 kg et sans doute des défenses largement au dessus de 20 cm. Même s’ils ne pullulent pas comme parfois chez nous les sangliers à en juger par le travail au sol sont nombreux sur la zone. Et au fond de l’Asie Centrale, les vieux solitaires sont vraiment des animaux magnifiques. A 400 ou 500 mètres,  il est malheureusement trop loin pour être tiré – ce serait irresponsable – et l’heure ne nous laisse plus le temps de l’approcher avant la nuit. Un peu dépité nous rentrons au refuge ou nous retrouvons les deux chiens d’Asrat qui nous ont pisté et rejoins depuis le camp de base, 12 ou 15 km quand même !

JOUR X

Un matin pesant car c’est notre dernier jour. Dès ce soir au camp de base il faudra refaire les valises et demain partir à la a première heure pour Almaty.

Nous sommes à cheval avant le jour car il fait beau et les sangliers ne resteront pas longtemps à découvert. Asrat a sommairement enfermé ses chiens dans un appentis derrière la cabane car, dit-il, ils vont vite faire un trou sous la porte pour se libérer,  ils rentreront la maison…

Nous avons élargi notre rayon de recherche mais toujours pas de sanglier malgré un travail du sol frais et impressionnant. Nous rentrons résignés vers le camp quand des aboiements soutenus nous montent aux oreilles de la vallée : Les chiens ! Ils ont mis un sanglier au ferme ! Une situation inattendue.  On écoute, on localise,  ça ne bouge pas.  Ça doit été un gros solitaire car une compagnie aurait dégagé.

On y va ! C’est facile, c’est rapide,  tout en descente. Nous voilà sous bois, à 30 mètres de la scène, je ne peux m’empêcher de rappeler à Emmanuel malgré son expérience que la situation risque d’être confuse,  qu’on n’est pas à l’abri d’une charge si l’animal est blessé, qu’il y a les chiens etc… de mettre en sa lunette au grossissement minimum.  Nous approchons encore, on ne voit rien. On aperçoit maintenant les chiens, ils regardent… en l’air dans un gros sapin ? Un ours ?… Non, un lynx! A 5 mètres au dessus de nos têtes le félin nous fixe et feule de rage. Image inoubliable, je dois l’avouer le premier lynx que je vois à l’état sauvage en pleine nature.  Somptueux, quel bel animal ! Quelle impression de puissance ! Lassé sans doute de cette situation, il décide finalement de prendre un parti,  saute d’arbres en arbres et finalement par terre puis disparaît dans la forêt. Last day but not least, demain ce sera les aéroports et la civilisation…

Voilà la fin de cette aventure kazakhe qui comme chaque fois a réservé sa part d’inattendu. En Asie centrale, un voyage de chasse est aussi une expédition au-delà du prévisible. N’est pas aussi cela une chasse authentique ?

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